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PORTRAIT
D’ARTISTE LATINO : Alexis Strelitz, peintre et... cosaque !
Article
from Vox Latina Magazine, Paris, France
http://www.voxlatina.com/vox_dsp.php.3?art=59
Avec
ses airs de " cosaque ", Alexis Strelitz est loin de l'image que l'on
se faisait d'un peintre latino. Récapitulons ses expositions : " Brasserie
Tango " en 1992, puis " Adieu à l'Argentine ", "
Interaction inter-raciale ", " Amazone ", " Voyage ",
" Expression de la fin du millénaire ", et enfin, en ce moment,
" American Flamenco ". Le fil conducteur, dans tout cela ?

Alexis Strelitz, alors décorateur de théâtre, atterrit il y a dix ans dans un
squatt de la rue Juliette Dodu, à Paris, avec des artistes russes. La
fascination est immédiate et décide de l'orientation que prend désormais sa
vie. Ces peintres " avaient payé pour leur art ", jusqu'à trois années
de goulag pour l'un d'entre eux, et Alexis admire autant ces personnalités hors
du commun que leur travail, " complètement onirique, fantastique. "
Ce sont en quelque sorte " ses maîtres ", qui lui transmettent à la
fois l'amour de la peinture et la conscience de son sang russe, " dont il
ne faisait rien auparavant. " Car les origines d'Alexis Strelitz sont aussi
nombreuses que bouillonnantes et c'est sûrement ce qui donne tant de force à
sa peinture. Comme il le souligne fièrement, il se sent à la fois israélien,
russe, français, américain et enfin, latino d'adoption.
L'Amérique latine, continent qui n'est " jamais neutre, toujours
poignant "
L'explication de la soudaine passion de cet homme du nord pour les cultures du
sud remonte à un voyage initiatique en Amérique latine, en 1993 : trois mois
en Argentine, Brésil et Paraguay. Le départ s'est fait sur une rencontre inédite
dans un bar parisien, avec un géomètre brésilien et " 4000 dollars en
poche ". Avec celui qui devient vite un frère, il découvre la jungle des
Indiens Guarani, les gauchos de la pampa, puis la frénétique São Paolo. L'Amérique
latine aux mille visages, ce continent qui n'est " jamais neutre, toujours
poignant ".
De ce voyage, il retire une source inépuisable d'inspiration. La jungle, dans
laquelle il a marché pieds nus " pour sentir l'énergie ", reste la
plus belle expérience de sa vie. Cette cathédrale de verdure, ces bruits
d'animaux, c'est véritablement " le paradis perdu " qui lui inspire
ensuite tant de tableaux.
La nostalgique Argentine est pourtant le point culminant de ce " grand
voyage romantique ", entendez par-là une quête infinie, au contact
d'hommes " libres, beaux et intègres… Pas de rapports de pouvoir, pas de
fric… " Buenos Aires, " mélancolique et somnolente", lui
inspire sa série sur le Tango, le quartier de La Boca, ses danseurs gominés,
ses salles immenses où battent des ventilateurs.
Le Brésil, au contraire, lui montre un visage nettement plus grinçant, comme
ceux de ces personnages incommodés par la présence, à côté du restaurant où
ils dînent, de lépreux qui lapent de la nourriture sur le trottoir, "
comme des chiens ". Quelques révoltes aussi : la destruction programmée
de la forêt amazonienne, les marées noires dans la jungle dont personne ne
parle…
Le flamenco, un art qui a la fierté des gitans
Si aujourd'hui, Alexis Strelitz s'intéresse au Flamenco, c'est moins par amour
de l'Andalousie, des patios sévillans et des tapas que parce que cette danse,
à New York du moins, est devenue hispanique et universelle. On lui ajoute des
rythmes brésiliens, une pincée de tango, comme Jorge Navarro.
Cet art qui a la fierté des gitans est en lui-même un mélange de cultures
latines, et, contrairement à la salsa, c'est une " sensualité blanche
". Une intégration qui s'oppose radicalement à New York, retranchée dans
ses ghettos, à une époque où 50% de la population américaine est hispanique.
La base du Flamenco, c'est le " tablao " : un " bailaor "
(le chanteur), une danseuse et deux guitaristes. Les " coplas "
douloureusement égrainées chantent l'abandon, la misère, la famille, la terre,
l'amour et la souffrance : " chez les gitans, l'homme ne peut pas pleurer,
il ne peut que crier. "
Cette danse, c'est la séduction, le sexe, mais aussi la mort, comme le prouvent
les mouvements de tauromachie exécutés par les hommes. C'est ce qui explique
les tons rougeoyants, or et noirs d'" American Flamenco ", qui évoquent
le sang, la vie et la mort. L'histoire de l'Espagne éternelle.
Les danseurs de Planète Andalucía font vivre ceux des tableaux
Ce mélange de cruauté, de violence et de sensualité exprime la résistance,
la dignité des hispaniques opprimés et c'est en quoi Alexis Strelitz est résolument
militant. D'ailleurs, ses sources d'inspiration ont nom Goya, dont on retrouve
quelques influences de la période noire, Dalí, Siqueiros, El Greco, mais aussi
Ribera, muraliste didactique s'il en est. L'art pour être digne de ce nom, doit
parler à tout le monde.
Justement, pour parler à ses visiteurs, Alexis Strelitz a pris le parti de
s'adresser directement à leurs émotions : " Planète Andalucía " se
livre à une démonstration de flamenco dans la galerie Say, danseurs réels qui
semblent donner vie à ceux qui sont peints à côté d'eux.
Le peintre, qui a appris du décor de théâtre l'interaction entre les arts,
est particulièrement sensible à la danse, qu'il pratique lui-même : de la
danse classique russe, rejaillissement de ses origines redécouvertes avec
bonheur. Alexis Strelitz n'est décidément jamais où on l'attend, l'une de ses
dernières fiertés étant d'avoir travaillé avec la police new-yorkaise, comme
" consultant artistique pour enfants délinquants ".
Des projets pour l'avenir ? oui, répond-il en souriant. Une exposition qui mêlerait
les thèmes de la femme et du cheval, deux de ses passions. " L'équitation,
j'ai ça dans le sang. Je suis cosaque… ", rappelle-t-il.
Claire Meynial, octobre |